Le 8 mars 1910, Clara Zetkin, une des femmes les plus militante et attachante du XXe siècle, proposait, lors d’un congrès à Copenhague, la création d’une Journée internationale de la femme, afin de reconnaître et de souligner les luttes menées par les femmes partout dans le monde. Ce n’est cependant qu’un 1977 que les Nations-Unies officialisaient le 8 mars comme la Journée internationale de la femme.
Un siècle après le vœu de Clara Zetkin, où en est-on? Ce serait bien sur malhonnête de dire qu’il n’y a pas eu de progrès, mais il serait encore plus dangereux d’affirmer qu’il ne reste plus de luttes à mener : dans le cas du Canada notamment, on peut même parler de retour en arrière! Ce sera le sujet de ce premier texte.
Disons d’emblée que la situation des femmes au Canada s’est largement détériorée depuis l’arrivée au pouvoir des Conservateurs, même si les Libéraux étaient loin d’être sans reproche! Par exemple, saviez-vous que l’organisme fédéral « Condition féminine Canada » n’a plus le droit d’utiliser les mots égalité des sexes dans la description de son mandat?
Le même organisme a du fermer 12 de ses 16 bureaux au pays sous prétexte qu’il n’est pas nécessaire de séparer les dossiers des femmes de ceux des hommes! Les organisations féminines qui défendent des revendications politiques n’ont plus droit à des subventions du fédéral! Contentez-vous de faire de la couture et d’organiser des bingos! L’abolition du financement du Programme de contestation judiciaire, si elle ne vise pas spécifiquement les femmes, les a particulièrement affectées. Au niveau de l’aide internationale, tous les projets visant expressément l’égalité des sexes se sont vus couper leur financement. Toutes ces décisions politiques et administratives viennent en outre camoufler une réalité encore plus concrète!
Le Canada se situe maintenant au 73e rang mondial selon l’indice de disparité entre les sexes de l’ONU : en 2004, il se situait au 7e rang. La descente est digne d’un record olympique! Vive Harper!
Pour ce qui est des conditions économiques, les femmes ne gagnent toujours que 70,5 % du salaire d’un homme, malgré le fait que, globalement, les femmes sont largement plus scolarisées que les hommes. Trouvez l’erreur!
Les violences physiques et sexuelles contre les femmes sont en augmentation. Le nombre de femmes itinérantes est en augmentation, et 55 % d’entre elles ont été agressées sexuellement. Mais, au Canada, on ne doit plus parler d’égalité entre les sexes, puisque c’est un vieux débat et que tout est réglé!
Les femmes autochtones
Depuis plusieurs années, l’ONU dénonce et critique régulièrement le Canada pour le traitement qu’il inflige aux autochtones. En 2007, le Canada a été un des seuls pays (4) à refuser de signer la Convention sur les droits des autochtones.
Les femmes subissent ainsi une double discrimination : en tant que femme, et en tant qu’autochtone! En plus des discriminations et des injustices incluses dans la Loi sur les Indiens (de juridiction fédérale), elles vivent une situation de précarité permanente à tous les niveaux : 36 % d’entre elles vivent dans la pauvreté, 40 % n’ont pas terminé leur secondaire, la plupart du temps, faute d’école. On dénombre plus de 500 femmes autochtones assassinées ou disparues au cours des dernières années : à peine la moitié de ces cas ont été élucidés, la police montrant très peu d’empressement à cet effet! Les violences physiques et sexuelles à l’intérieur des réserves atteignent des taux astronomiques, sans qu’aucune mesure concrète ne vienne, ne serait-ce que tenter, de trouver des solutions!
Les conditions de vie insalubres, la surpopulation des logements qui touchent la majorité des autochtones, rendent leurs vies particulièrement précaires. Rien d’étonnant que le taux de suicide chez les femmes autochtones soit de 7 à 8 fois plus élevé que dans la population en général.
Conclusion
Rappelons que le Canada se targue d’être l’un pays des plus avancés et des plus démocratiques au monde. Le gouvernement canadien envoie nos soldats se faire tuer en Afghanistan, supposément pour apporter la liberté et la démocratie, et selon les textes officiels, pour améliorer la condition des femmes afghanes! Quelle hypocrisie!
Les femmes canadiennes se doivent de continuer, et même de reprendre, la lutte. Les dernières années nous démontrent clairement que les quelques progrès qui ont été faits depuis le discours de Clara Zetkin, en 1910, sont réels, mais très fragiles. Cela a pris des générations de femmes, et des luttes parfois violentes pour faire avancer les droits des femmes. Pourtant, ça ne prend qu’une signature d’un crétin macho fondamentaliste comme Stephen Harper pour les faire reculer! Ce combat concerne les hommes autant que les femmes : ce n’est pas une question de sexe, c’est une question de justice et de solidarité.
Roger Blanchette
P.S. Dans le prochain texte, je parlerai de la situation des femmes dans le monde : une guerre de tous les jours dont les médias ne parlent que rarement.


Merci beaucoup Roger! Avec ton aimable permission, je lirai ton texte lors de notre dîner des femmes du 10 mars.
On a tendance à penser qu’au Québec et au Canada – des démocraties avancées n’est-ce pas? – les brassières sont brûlés, les droits sont acquis et la lutte est caduque. Erreur! Les gouvernements sont tout simplement plus retors. Bref, il ne faut jamais baisser sa garde: on recule si on ne continue pas d’avancer! Carole
Bien sur Carole, Tu ss toute latitude pour diffuser le texte, ON ne lache pas, Roger
Je suis sous le choc d’apprendre que nous avons à ce point reculé sur la condition féminine au Canada. Merci de nous sortir de ce sentiment de complaisance qui nous habite. Nous qui sommes si fières d’avoir obtenu l’équité salariale, croyant ainsi mettre fin aux inégalités sociales entre les sexes. Faut reprendre le bâton du pèlerin? Eh! Que c’est fatigant! Mais par respect pour nos mères, avons-nous le choix?….Je m’engage à répandre la nouvelle.
J’ai hâte de te lire à nouveau.
À bientôt!
Lorraine.
Lache pas la belle-soeur !Tout le clan Blanchette est avec toi ! Roger